LE ROI LEAR

Retrouvez Michel Aumont, entouré d’une distribution prestigieuse, dans le Roi Lear revisité par Jean-Luc Revol. Une véritable plongée dans les années 30

Une pièce de William SHAKESPEARE Mise en scène de Jean-Luc REVOL Avec Michel AUMONT, Bruno ABRAHAM-KREMER, Jean-Luc FARRE, Arnaud DENIS, Anne BOUVIER, Agathe BONITZER, Marianne BASLER, José-Antonio PEREIRA, Denis D'ARCANGELO, Eric VERDIN, Olivier BREITMAN, Eric GUEHO, Frédéric CHEVAUX, Martin GUILLAUD et Nicolas GASPAR Décor Sophie JACOB Lumières Bertrand COUDERC Sons Bernard VALERY
Nous sommes à l’aube des événements de 1929. Dans un monde encore insouciant et léger, Lear décide d’abandonner son empire et de le redistribuer entre ses trois filles. Mais le refus de Cordélia, la plus jeune, entraînera sa colère et son propre déclin. Tandis que les deux autres se déchirent pour sa fortune, l’isolant de ses amis et finissant par le jeter dehors, seul sur la lande, accompagné de son fou, il plongera de plus en plus dans la folie. Ici, Lear est représenté sous les traits d’un grand nabab du cinéma. Quand il commencera à perdre la raison, il nous entraînera dans ses visions d’un monde transfiguré, nous racontant son histoire par le prisme déformé des fantômes et des artifices cinématographiques. Quand Cordélia reviendra, il sera trop tard. Le mot « fin » se sera irrémédiablement inscrit pour le vieux Lear.

Le mot du metteur en scène

Il est évident que le Roi lear est la plus hantée des tragédies shakespeariennes, pourtant rien d’explicitement surnaturel ou de surhumain n’intervient ici. C’est ce qui fait sa force. Pas besoin de sorcières ou de malédiction pour raconter l’histoire de ce roi et de la chute d’un monde. D’ailleurs on ne pénètre pas dans l’univers de Lear. On le contemple, horrifié, de l’extérieur, en témoin. Nous sommes face à un cataclysme humain et universel, que l’on ne peut pas arréter. A l’inverse de La Tempête, tragédie du merveilleux, nous sommes ici dans une tragédie du désordre qui trouve sa vie même dans la démesure et l’absurde. Ce qui nous intéresse, c’est le portrait d’un homme: Lear.


Qui est-il ? Un roi.


Ni pire ni meilleur qu’un autre. Un guerrier qui, dans sa quête stupide de la reconnaissance de ses trois filles, prendra trop tard conscience de son erreur de jugement, et passera ainsi au fil de l’histoire, du dépouillement materiel au dépouillement spirituel. A la première scène de la pièce succédera un chaos total, jusqu’au dérèglement universel. Même si Lear est racheté in extremis, le monde continuera de se déchirer. Pourtant, auparavant, il se sera révolté contre ce globe qui le broie et ne veut plus de lui. Car, malgré notre puissance, sommes-nous destinés à périr ? Si l’on ouvre les yeux sur le monde, on ne peut être qu’horrifié par le désordre violent qui y règne. Et c’est ce qui nous interroge ici: la prise de conscience de Lear, qui brise les frontières de l’entendement. Elle touche au sublime et au grotesque en même temps. Elle passe évidemment par la folie. Elle renvoie l’homme à sa nudité primitive (Lear, Edgar), proie lucide et passionnée, livré à la misère de sa condition et au désordre des éléments naturels. Mais, au moins, à mesure que la raison de Lear se désagrège et que les fausses vérités s’effacent, la folie aura tiré de cette confusion une nouvelle échelle de valeur. Et si Cordelia doit mourir, c’est la logique et le fond même de la tragédie; celle qui permet la sublimation finale de l’âme de Lear ; celle par laquelle son supplice se termine. La querelle attentée à l’univers se clôt dans la spiritualité la plus haute.


Entre temps, la nuit noire sur la lande aura fait de nous des pitres et des fous. 

LE ROI LEAR

— autres spectacles en tournée 2024-2025